Aujourd'hui, j'ai appris le décès de deux personnes rencontrées au cours de ma vie et qui m'ont marqué.
Emile Pernot, au sein du comité de rédaction de L'Ensoleillé, le journal paroissial de Saint-Anne -d'Arly-Montjoie. Nous avions sympathisés, j'appréciais son humanité et le regard affuté et amusé qu'il portait sur son village, Combloux, depuis le haut du clocher.
Pierre Lieutaghi, lors d'un stage d'une semaine sur l'usage des " Simples " qu'il animait, fin des années 1970, à la demande des Foyers Ruraux à Mane, Alpes de Haute-Provence. Un savant qui avec simplicité savait transmettre ses connaissances, il n'est plus mais ses livres restent dont le " Livre des bonnes herbes ". Ouvrage dont il m'a dédicacé un bel exemplaire de l'édition originale, chez Robert Morel, ce lors d'un séjour, des années plus tard à la Villa Jeannd d'Arc à La-Giettaz.
Ci-dessous un texte transmis par l'ami André Lombard.
Hommage
Pierre Lieutaghi, ethnobotaniste de grande renommée qui habitait Mane, vient de mourir. Pour exprimer toute notre gratitude à celui qui nous a fait redécouvrir les plantes à travers sa passion, je ne vois rien de mieux que de le citer. Voici donc, sous sa plume, des extraits de l’introduction au Livre des Bonnes Herbes édité par Robert Morel en 1966.
« Puisque je ne peux écrire pour les enfants eux-mêmes, j’écris en songeant à cet enfant que nous fûmes tous, allongé dans l’herbe humide, un matin de mai, et qui s’imprégnait dans une extase paisible, du parfum d’amitié des plus petites plantes…
Je crains la science qui veut goûter du fruit de l’arbre de la pointe de ses analyses : je reste devant l’arbre, devant la fleur et je contemple avec le moins d’intelligence possible pour essayer de donner au bois, aux pétales, le plus possible d’amour…
Je crois qu’il y eut un temps où, sans les connaître peut-être par leur nom, l’homme était proche des herbes. L’alliance alors se faisait d’elle-même : pour l’enfant malade, pour le père blessé, pour la mère fourbue par tant de pain pétri, par tant de lin tissé, et dont la vie s’effilochait un jour brutalement comme la laine du rouet quand l’axe vient à faillir, le peuple des simples déléguait un rameau, une touffe, un bouquet, qui, s’ils n’apportaient pas toujours la vie, était un don de la Vie forte à la vie qui faiblissait : l’échange était encore possible et la fumée qui montait plus tard d’un feu de myrte ou de sauge était le seul dû à la guérison…
Était-ce bien aveuglement, ignorance, que de partir la serpette à la main et le panier au bras, à un moment bien précis de l’année, de la Lune, de la journée, vers les collines qui battaient de sève comme le pouls de la terre ? »
Merci Pierre, pour avoir su en poète et avec talent nous dessiller les yeux. Regarde, pour accompagner ton dernier voyage, la nature a mis ses plus beaux habits.
Jean PANTAILLE
Et un lien: https://www.jne-asso.org/2023/11/15/le-deces-de-pierre-lieutaghi-pionnier-de-lethnobotanique/
1 commentaire:
Ce texte est magnifique !
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