mercredi 31 octobre 2012

La Croix*

Je regarde; pas une de ces collines autour de moi qui ne se peuple d'anciennes présences où je puisais chaque fois la même angoisse et le même apaisement.
...
Un seul appel et les voici tous autour de moi, ces hommes qu'au long des années j'ai rejoints dans leur solitude passagère pour mieux les interroger sous la vivante lumière des saisons. " Qui es-tu? " demandais-je au faucheur, au laboureur, au herseur, au moissonneur à demi submergé d'épis- ces taches au loin blanches, fauves ou bleues perdues dans l'immense paysage-et tous à ma question silencieuse ont donné la réponse la plus simple, la plus belle qui se puisse: " Je suis. " Mais avec eux le pays tout entier répondait aussi et sa réponse était la même. Car je le sais enfin, un perpétuel et profond échange le lie à chacun d'eux. Le ciel d'août se fanerait comme une fleur de lin s'il ne reprenait vie à leur regard, le vent retomberait comme un oiseau mort s'il ne devenait leur souffle.

Gustave Roud,1897-1976, in Campagne perdue, 1972.

Je vous propose ce texte qui me semble en accord, plus que certaines courges de ce jour, avec le temps et l'esprit de Toussaint.
La Croix est un lieu-dit de Carrouge, canton de Vaud, Suisse, où le poète a passé une grande partie de sa vie, de l'âge de onze ans jusqu'à son décès.

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