L'information d’un accident dans un charbonnage de la région se répandit dans la cité d'ouvriers mineurs où j'habitais. Je revois encore toutes les femmes, mères, épouses, de mineurs sortir de chez elle en pleurant se demandant d'abord de quel charbonnage il s'agissait. Leurs hommes étaient-ils concernés ? Ce n'est qu'après quelques heures, que l'information parvint dans la cité : « c’est au Bois du Cazier » dans la région de Charleroi. Pas dans celle du « centre » où elles résidaient ! Durant les 15 jours d'attente nécessaire aux secouristes belges, français et allemands pour atteindre les galeries de charbon à un kilomètre de profondeur, l’angoisse était au paroxysme quand la funeste phrase fut prononcée « tutti cadaveri ». Un climat de désolation et de désespoir profond s’était alors abattu dans chaque demeure.
La catastrophe du Bois du Cazier avec 262 morts (dont la majorité étaient italiens et 95 belges) fut un moment de basculement de la société belge. Les 15 douloureux jours d’attente ont soudé Belges et Italiens dans une douleur partagée. Les Italiens n’étaient plus vus comme des étrangers, des migrants d’une autre culture qui parlaient une autre langue. Ils étaient dorénavant reconnus comme des êtres humains contribuant à l’essor économique d’une Belgique prospère. Le sang versé transforma les non-belges du statut de migrants à celui de citoyens acceptés par la société belge. Les premières mesures de sécurité au travail furent prises par les autorités.
La catastrophe du Bois du Cazier a montré à la face du monde que la misère humaine obligeait des hommes sans ressources et sans perspectives d’accepter des travaux inhumains au risque de leur vie pour nourrir leur famille. Les Italiens avaient été forcés de quitter la lumière qui baignait leurs champs et villages pour les ténèbres des mines de charbon.





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