lundi 14 mars 2011

Printemps des poètes***

Au Relais de l'Orée.

Hé oui, belle biche éplorée,

Je vous admire et vous chéris!

Pourtant au Relais de l'Orée

J'ai mangé de votre mari.

Le mien m'offrit cette frairie

Un soir d'allègre intimité

Et j'ai pour les miennes fêter

Savouré vos amours péries.

Pardonnez, veuve des cavernes,

vous et vos faons et vos daguets.

C'est vrai, nous avons été gais

Contre vos alcôves en berne.

Vous vîtes reluire à l'orée

Les chandelles de ce manoir

Où de grands cerfs en habit noir

Conduisent leur biche adorée.

Le feu de bois, l'œillet de Nice

Teignent d'un rose ravissant

Ces lieux d'horreur où votre sang

Et celui des vignes s'unissent.

Mais allez, dame des ramées,

Si votre cœur désordonné

Entendit rire et s'obstiner

Notre fête bien arrimée.

Le temps pourtant, le temps la presse,

Le temps la pousse à dériver,

Belle biche, et si vous buvez

Aux longs étangs de la détresse

Moi je vois déjà notre table

Y sombrer tous flambeaux éteints

Car plus l'amour est délectable

Et plus la peur est du festin.

Lucienne Desnoues. in, Anthologie personnelle. Actes Sud, éditeur, 1998.

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