
Hé oui, belle biche éplorée,
Je vous admire et vous chéris!
Pourtant au Relais de l'Orée
J'ai mangé de votre mari.
Le mien m'offrit cette frairie
Un soir d'allègre intimité
Et j'ai pour les miennes fêter
Savouré vos amours péries.
Pardonnez, veuve des cavernes,
vous et vos faons et vos daguets.
C'est vrai, nous avons été gais
Contre vos alcôves en berne.
Vous vîtes reluire à l'orée
Les chandelles de ce manoir
Où de grands cerfs en habit noir
Conduisent leur biche adorée.
Le feu de bois, l'œillet de Nice
Teignent d'un rose ravissant
Ces lieux d'horreur où votre sang
Et celui des vignes s'unissent.
Mais allez, dame des ramées,
Si votre cœur désordonné
Entendit rire et s'obstiner
Notre fête bien arrimée.
Le temps pourtant, le temps la presse,
Le temps la pousse à dériver,
Belle biche, et si vous buvez
Aux longs étangs de la détresse
Moi je vois déjà notre table
Y sombrer tous flambeaux éteints
Car plus l'amour est délectable
Et plus la peur est du festin.
Lucienne Desnoues. in, Anthologie personnelle. Actes Sud, éditeur, 1998.
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