vendredi 18 mars 2011

Printemps des poètes********

Les eaux et forêts

La clarté de ces bois en mars est irréelle,

tout est encor si frais qu'à peine insiste-t-elle.

Les oiseaux ne sont pas nombreux; tout juste si,

très loin, où l'aubépine éclaire les taillis,

le coucou chante. On voit scintiller des fumées

qui emportent ce qu'on brûla d'une journée,

la feuille morte sert les vivantes couronnes,

et suivant la leçon des plus mauvais chemins,

sous les ronces, on rejoint le nid de l'anémone,

claire et commune comme l'étoile du matin.

Quand même je saurais le réseau de mes nerfs

aussi précaire que la toile d'araignée,

je n'en louerais pas moins ces merveilles de vert,

ces colonnes, même choisies pour la cognée,

et ces chevaux de bûcherons...Ma confiance

devrait s'étendre un jour à la hache, à l'éclair,

si la beauté de mars n'est que l'obéissance

du merle et de la violette, par temps clair.

Philippe Jaccottet, in, Philippe Jaccottet par Alain Clerval, Seghers, éditeur.

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