LA MORT EST MON MÉTIER
De
Robert Merle
Éditions Folio.
Rudolf
Lang, personnage principal du roman, n’est autre que le triste et
trop célèbre SS Rudolf Hoess, commandant du plus important camp
d’extermination de masse nazi de 1940 à 1943
« Auschwitz-Birkenau ». En 1945 à Nuremberg, Hoess -
Rudolf Lang - raconte de sa prison l’essentiel de sa vie à un
psychologue américain.
Un
enfant nourri au nationalisme
Lang
est élevé à la dure par son père, commerçant allemand baigné
dans l’ordre et la morale chrétienne poussée à l’intégrisme.
Le petit Lang est noyé dans la gloire de la terre allemande, les
racines teutoniques des pères de la nation, sauver la race allemande
et la rédemption pour devenir meilleur. Rudolf est un être
naturellement besogneux, méticuleux, soigneux à en être maniaque.
Les plaisirs lui sont fermés car ils symbolisent l’oisiveté ;
et l’oisiveté est rivale de la rigueur, de la morale et patrie des
jouisseurs, des profiteurs dont l’ennemi emblématique est le Juif.
Très bon élève, Rudolf marche au pas, entretien sa dose de
culpabilité à confesse et se prépare à la vie dans le code de
l’honneur et l’amour de sa patrie. Il occulte le doute, arbore la
maîtrise de soi froide et calculatrice, sans consensus car un bon
allemand ne doute pas, ne se retourne jamais, n’a aucune
faiblesse ; son seul plaisir est de servir,
Dieu d’abord, et sa
terre après.
Un
schisme s’opère
Dieu
s’éteint de ses croyances et son père n’est plus une référence
patriarcale. Sa culture chrétienne, son milieu familial sont reniés.
Adolescent, il s’engage dans les «corps francs » et
s’embourbe dans la première guerre mondiale. A sa démobilisation,
la misère, le chômage et la frustration d’avoir été vaincu,
seront ses principaux compagnons mais armé d’une volonté de fer,
de son pragmatisme et de son amour pour l’Allemagne, il émerge de
l’abîme là où d’autres s’enfoncent. Cadre au parti
National-socialiste, Rudolf est très rapidement remarqué par le
Reishfuhrer Himmler dont il restera l’admirateur. Il exalte un
absolu dévouement,
subordonnant ses idées
aux principes de ses maîtres. Rudolf adhère très vite à la
solution finale dite « Solution au problème Juif ». Le
SS est propulsé à la tête du plus grand chantier de camp de
concentration jamais imaginé pour déporter les juifs. Criminel
contre l’humanité, Rudolf Lang sera l’instigateur aux concepts
expéditifs pour produire de l’extermination humaine, comme une
industrie fabrique des matières pour développer sa croissance.
La
monstruosité s’introduit dans les rouages du quotidien doucement,
froidement, avec méthode, aplomb, ingéniosité et discrétion.
Rudolf excelle, construit un outil pour tuer en masse avec un procédé
combinant investissement, maîtrise des coûts, formation des cadres
et des personnels SS pour le management des détenus juifs afin
d’obtenir d’eux le maximum de coopération dans le but de les
conduire aux chambres à gaz. Comme le patron d’une grande
industrie, il prépare chaque étape mais vers la mort, travaille sur
la communication non pour informer mais pour désinformer, tromper sa
cible qu’il devra détruire sans le moindre heurt afin d’optimiser
les coûts de sécurité. Il négocie les achats de toutes les
matières servant à la désintégration des détenus à la
chaîne, de la rampe à la chambre à gaz jusqu’aux
crématoires. Le commandant d’Auschwitz rayonne et optimise le
fonctionnement de l’extermination.
Un
professionnel Zélé
Il
remplace le poison du gaz d’échappement du diesel, rendu trop cher
et maîtrise les coûts avec un gaz plus toxique, le « Zyclon B».
Il résout les problèmes de surpopulation de cadavres en les
brûlant à la chaîne dans quatre crématoires colossaux, accroît
la production de l’extermination, passe de 2000 à 5000 puis 10 000
gazés par jours. Il tua deux millions et demi de Juifs dans un
dédale de pragmatisme, de méthodologie parfaitement prémédité,
comme l’aurait réalisé un chef d’entreprise désireux de
satisfaire son goût d’entreprendre et de développer.
l’Obersturmbannführer
Lang est guidé par une seule et même idée acquise depuis son
enfance, l’esprit de corps, la maîtrise absolue de soi, le
dévouement pour la patrie et son dieu « Himmler ». A
l’égard des juifs, le SS est dépourvu de toute sensibilité,
d’ailleurs lors de son procès en Pologne qui le mène droit au
gibet, il s’en explique très clairement au Procureur: « Vous
comprenez, je pensais aux juifs en termes d’unités, jamais en
termes d’êtres humains. Je me concentrais sur le côté technique
de ma tâche ». Il ajoute froidement : « On m’a
choisi pour mes talents d’organisateur », « Je
n’ai pas besoin d’excuses. J’ai obéi ». Yves Toussaint.
Un
livre à lire, « La mort est mon métier » de Robert
Merle aux éditions Folio recommandé par l’Echolatain.
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