Trois
questions à Patrick Saint-Pierre.
Patrick
Saint-Pierre, vous êtes Directeur de Recherche honoraire de
l’Université Paris Dauphine et initiateur du colloque : Aux
frontières de la Théorie des Jeux, du Contrôle et de la Viabilité.
Mais que cache ce langage savant ?
La
Théorie de la Viabilité, la Théorie des Jeux et la Théorie du
Contrôle sont trois domaines des mathématiques appliquées qui
étudient les propriétés des systèmes dynamiques. Pour essayer de
comprendre l’évolution de nombreux phénomènes et d’analyser
comment il est possible d’influer sur leur évolution, les
scientifiques ont essayé de décrire les variables qui sont les plus
significatives de ce qu’ils veulent étudier et de modéliser la
manière dont elles évoluent. En physique, en automatique, en
biologie, en économie, en gestion, en agronomie, en science sociale,
en finance, en sciences de l’environnement, les systèmes
dynamiques sont multitude.
Lorsque
l’évolution des variables de ces systèmes peut être modifiée
par l’intervention de l’homme, La Théorie du Contrôle
s’intéresse à la recherche d’une règle de contrôle (décision,
commande, stratégie) qui permet d’optimiser certains critères
comme par exemple minimiser les coûts ou de maximiser la ressource
exploitable.
Lorsque
ces systèmes sont en outre soumis à des contraintes, limitation de
température, maintien d’un seuil de qualité écologique, revenu
minimal d’une exploitation, préservation des espèces, la Théorie
de la Viabilité cherche à répondre à la question : A partir de la
situation actuelle, est-il possible de « piloter » le
système de façon à ce que son évolution puisse rester de manière
pérenne dans l’ensemble des contraintes ? Si ce n’est pas
possible, Comment y rester le plus longtemps possible ?
Enfin
ces systèmes peuvent être perturbés par une action adverse ou plus
simplement être soumis à des événements non contrôlables,
imprévisibles, comme par exemple, le risque climatique, les
conséquences d’une crise économique ou sociale, un séisme ou un
tsunami. Dans nos régions, l’arrivée précoce ou tardive de la
neige, les températures plus ou moins basses peuvent perturber les
activités économiques de manière positives ou négatives selon le
système considéré. La théorie des Jeux s’intéresse précisément
à la question suivante : comment garantir, quelque soit l’action
adverse (jeux à deux joueurs) ou quelque soient les incertitudes qui
peuvent perturber l’évolution du système (jeux contre la nature),
la viabilité du système ou la réalisation d’un objectif.
Voici
très succinctement les sujets qui se cachent derrière ce langage
savant. Reste l’expression « A la frontière de… »
C’est toute la question de la Recherche Scientifique, en
particulier la recherche motivée par des problèmes réels : pousser
le plus loin possible les théories mathématiques qui, si elles sont
générales, universelles et puissantes, restent pratiquement
inexploitables sans un incontournable travail de réflexion et
d’échange avec les autres disciplines. Rechercher c’est
précisément explorer les frontières entre le réel et
l’imaginaire, entre le théorique et le concret, entre la
connaissance et l’ignorance.
Pourquoi
avez-vous choisi le site de Saint Nicolas la Chapelle ?
Les
chercheurs ont absolument besoin de communiquer, dire leurs
réflexions, confronter leurs travaux, entendre les avis d’experts
et d’autres chercheurs. C’est l’objet des congrès, colloques,
workshop et autres séminaires. Un couple d’amis, l’un titulaire
de la chaire Théorie des Jeux et Environnement et l’autre
Professeure à HEC Montréal, m’a demandé si je connaissais des
lieux propices à l’organisation de rencontres scientifiques
permettant d’accueillir des conférenciers et des personnalités
reconnues dans leurs domaines. Résident à Saint-Nicolas la Chapelle
depuis trois ans, j’ai pris contact avec la nouvelle équipe « Lou
Capitelle » qui a repris la gestion du centre de Marcinelle en
Montagne, aujourd’hui « Les Balcons du Mont Blanc ». Ce
lieu est en effet exceptionnel. Il est une chance pour Saint-Nicolas
la Chapelle. Il est aussi une chance pour tous ceux qui y séjournent.
Il offre l’avantage d’être une structure d’accueil
parfaitement équipée pour l’organisation de rencontres
scientifiques. Mais son premier atout est d’être situé dans un
environnement exceptionnel offrant les meilleures conditions pour la
réussite de telles manifestations tant sur les plans scientifique
qu’humain.
Un
atelier sera ouvert au public, pouvez vous nous en dire quelques
mots ?
Parmi
les participants au Colloque, huit chercheurs collaborent à un
projet de recherche financé par l’A.N.R. (Agence Nationale pour la
Recherche) dans le programme AGROBIOSPHERE. L’un des thèmes de ce
projet consiste à définir le concept de « vulnérabilité »
face à différents risques et à l’évaluer dans le contexte des
petites exploitations agricoles en milieu insulaire tropical. Ce
projet rassemble des mathématiciens, des informaticiens, des
ingénieurs agronomes, des économistes et des chercheurs spécialisés
dans l’étude des systèmes agroéconomiques des Antilles. Lorsque
j’ai demandé à Harry Ozier-Lafontaine, Directeur de l’INRA
Antilles-Guyane (Institut National de Recherche en Agronomie), qui
participe à ces journées, s’il préférait découvrir la région
ou rencontrer des personnes dont les activités sont en relation avec
ses préoccupations professionnelles, il m’a sans hésitation
répondu qu’il serait très heureux de rencontrer des « acteurs »
dans ce domaine. De là est née l’idée d’une rencontre avec des
personnes représentantes de différents secteurs d’activité
agricole dans le Val d’Arly. Cette évènement prendra finalement
la forme d’un atelier ouvert à toute personne intéressée par ces
sujets avec pour thème central : « La vulnérabilité des
petites exploitations agricoles en milieu insulaire et montagnard
face à différents types de risque », sujet en relation
directe avec les questions abordées au cours du séminaire. Pour ce
partage d’expériences, quatre facettes des activités agricoles
montagnardes seront présentées aux participants du séminaire et
les chercheurs-ingénieurs agronomes présenteront différents
aspects des pratiques agricoles dans les Antilles françaises. Le
débat sera animée par une jeune colataine. Au cours de ces
échanges, les personnes qui assisteront à la table ronde auront
l’opportunité d’intervenir ou de poser des questions. L’atelier
sera suivi d’un repas pris aux Balcons du Mont-Blanc permettant de
prolonger cet échange dans la convivialité.
Pour participer à la table-ronde sur l'agriculture, insulaire ou montagnarde, rendez-vous au chalet IV des Balcons du Mont-Blanc-Marcinelle en Montagne à 18 heures, lundi 23 juin. Pour participer au repas qui suivra, 15 euros, réserver avant le dimanche 22, en appelant le 04 79 3 1 74 55.
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