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mercredi 19 août 2026

Humeur.

 A son départ, chaque président laisse un bilan. Positif et négatif y figurent et varient selon le regard de chacun. Pour moi, François Mitterand restera celui qui a enfin  supprimé la peine de mort et Emmanuel Macron, celui qui l'a rétablie pour les plus faibles d'entre-nous.

 Ce vote intervient peu après une série de suicides autour de moi, un presque voisin, un artiste à Héry-sur-Ugine, un petit-cousin dans la famille de mon épouse. Les familles, les proches de ces personnes se sont-elles réjouies ? La réponse est dans la question.

Mon histoire avec le suicide remonte loin. J'avais dix ans quand revenant de l'école, j'ai vu sur un ponton qui reliait le chemin que j'empruntais à un grange, dissimulé sous une couverture, le corps d'un homme qui s'était  pendu dans la journée. Une image qui ne s'est pas éffacée. Bien plus tard, un cousin avec qui j'avais des relations fraternelles, s'est ôté le vie avec une arme à feu. Une blessure qui ne cicatrice pas.

Quant à l'euthanisie, concernée aussi par cette loi, les plus anciens Colatains ont en mémoire le souvenir de deux d'entre eux, hospitaliés dans un hôpital spécialisé près de Chambéry, ils y ont été euthanasiés sous le régime de Vichy. Une excellente référence.

Aujourd'hui, 19 août 2026, le président Macron a promulgé la loi, sans sourciller, enfermé dans son obstination. 

 Première mise en ligne le 15 juillet 2026. 

 

vendredi 7 août 2026

A Monsieur le Président.


 

Il y a quelques jours, un ami m'a envoyé ce texte. Je l'ai lu et l'ai mis de côté. Aujourd'hui, après une nouvelle lecture je vous le partage. Signé par une Tondellier, Rousseau, elles en sont d'ailleurs incapables,  ou autres donneuses de leçon, je ne l'aurais pas fait. Cet élu de la base, dont je ne connais pas l'appartenance politique, la dépasse et parle vrai, qu'il soit entendu. 

 

 Qui aurait pu prédire ? Nous tous, Monsieur
le Président.
Lettre ouverte depuis une petite commune
d’une France qui brûle, s’assèche et suffoque

Monsieur le Président de la République,

La France brûle.

À l’heure où j’écris ces lignes, le ciel de
Gironde n’est plus vraiment un ciel, mais une
voûte de fumée dont l’odeur âcre est
parvenue jusqu’ici, à Sancoins. Des femmes
et des hommes quittent leur maison avec
quelques vêtements, leurs papiers, un animal
serré contre eux et cette question terrible :
que restera-t-il lorsque nous reviendrons ?
Derrière eux, il y a les jardins où grandissaient
les enfants, les tables autour desquelles les
familles se retrouvaient, les arbres plantés par
ceux qui ne sont plus là, les photographies
enfermées dans les meubles, tous ces
souvenirs que l’on croyait à l’abri parce qu’on
les avait confiés à des murs.

Il y a aussi cette vie minuscule et innombrable
qui ne sera jamais évacuée : les chevreuils

pris au piège, les oiseaux asphyxiés dans leur
nid, les insectes consumés par milliards, les
arbres centenaires transformés en torches.
Tout un peuple sans voix meurt dans le
vacarme des flammes, sans sirène, sans plan
d’évacuation, sans communiqué officiel.
Pendant ce temps, les pompiers avancent
dans ce que les autres fuient. Ils entrent là où
la chaleur repousse les corps, là où l’air
devient irrespirable, là où la forêt elle-même
semble vouloir dévorer ceux qui tentent de la
sauver. Ils portent sur leurs épaules une
République qui les acclame dans l’urgence,
mais laisse leurs effectifs et leurs moyens
sous une tension permanente lorsque les
caméras sont reparties et que la fumée a
quitté les écrans.

Au 26 juillet, près de 98 000 hectares avaient
déjà brûlé en France depuis le début de
l’année. Notre pays vient de traverser une
vague de chaleur de seize jours, après un
mois de juin déjà historique, tandis qu’une
quatrième vague de chaleur menace. Un
quart de nos petits cours d’eau sont à sec et
la Loire atteint des niveaux

exceptionnellement bas pour un mois de
juillet.
Ce sont les premières pages du monde dans
lequel nous sommes entrés.

Et pourtant, Monsieur le Président, vous aviez
demandé : « Qui aurait pu prédire ? »

Nous tous.

Les scientifiques, le GIEC et les associations
l’avaient prédit. Les agriculteurs qui regardent
leurs terres se fissurer l’avaient prédit. Les
pompiers qui voyaient la saison des feux
s’allonger l’avaient prédit. Les élus locaux qui
comptaient les restrictions d’eau, les maisons
fissurées et les arbres mourant sur pied
l’avaient prédit. Les enfants eux-mêmes
l’avaient compris. Tout le monde savait,
Monsieur le Président. Tout le monde, sauf
peut-être ceux dont la fonction était
précisément de savoir, de prévoir et d’agir.
Cette phrase, prononcée le 31 décembre
2022 après les incendies qui avaient déjà
ravagé la Gironde, restera comme l’une de
celles qui condensent une époque : celle d’un
pouvoir qui transforme les conséquences

annoncées en surprises, les renoncements en
exercices de communication.

Depuis, le feu a poursuivi son œuvre et l’État,
lui, délivre des conseils.

Il nous explique désormais comment « gérer
l’éco-anxiété ». Il nous invite à mettre des
mots sur nos émotions, à prendre du recul, à
distinguer ce qui dépend de nous de ce qui ne
dépend pas de nous. Ces recommandations
peuvent être utiles lorsqu’elles viennent d’un
médecin ou d’un psychologue. Elles
deviennent indécentes lorsqu’elles tiennent
lieu de réponse politique à un désastre que le
pouvoir refuse d’affronter à sa mesure.
Faudrait-il respirer profondément pendant que
le pays suffoque, méditer pendant que la forêt
brûle, apprendre à mieux supporter la
catastrophe plutôt qu’exiger de ceux qui
gouvernent qu’ils empêchent qu’elle devienne
notre ordinaire ?

Vous nous demandez de distinguer ce qui
dépend de nous de ce qui ne dépend pas de
nous. Très bien.

Il dépend de nous de nous entraider, de veiller
sur nos voisins et de transformer nos
habitudes lorsque nous en avons les moyens.
Mais il dépend de vous de donner aux
communes les moyens d’agir, de protéger les
travailleurs, de financer des refuges
climatiques, de soutenir le monde agricole et
de préparer les services publics.

Il dépend surtout de vous de cesser de
financer le monde qui nous détruit.

Voilà ce qui dépend de vous.

Je vous écris depuis Sancoins, une petite
commune rurale du Cher, au cœur de cette
France que l’on célèbre dans les discours
avant de l’abandonner dans les budgets. Ici,
comme dans des milliers de communes, nos
écoles ont été construites pour le climat d’hier.
Leurs murs retiennent la chaleur, leurs cours
minérales deviennent des plaques brûlantes
et leurs salles de classe se transforment en
étuves. On demande pourtant à des enfants
d’écouter, d’apprendre et de se concentrer
tandis que leur organisme lutte simplement
pour maintenir sa température. Alors on ferme

les volets, on déplace les tables, on cherche
un ventilateur et l’on demande aux familles de
fournir une gourde.

On appelle cela un protocole. J’appelle cela
l’organisation méthodique de notre
impuissance.

Dans nos petites communes, il n’existe
souvent aucun refuge climatique. Nous
n’avons pas toujours de salle convenablement
isolée et rafraîchie où accueillir les personnes
fragiles, ni de transport pour aller les
chercher. Nous manquons d’agents pour
appeler chaque habitant isolé, de médecins
disponibles pour répondre aux inquiétudes et
parfois même de cafés, de commerces ou de
lieux publics où rompre la solitude. Alors les
anciens restent chez eux. Ils ferment les
fenêtres, tirent les rideaux et attendent que la
nuit apporte un peu d’air, que leur corps
tienne, que l’épisode passe. Ils attendent
parfois seuls parce que leurs enfants vivent
loin, parce que les voisins travaillent, parce
que le service public s’est retiré kilomètre
après kilomètre.

Nous devons créer des refuges climatiques
accessibles dans chaque bassin de vie : des
lieux publics isolés, végétalisés, rafraîchis et
ouverts lors des épisodes extrêmes. Après
l’école, la mairie et l’hôpital, le refuge
climatique doit devenir l’une des maisons de
la République.

Après avoir menacé les corps, la chaleur
frappe celles et ceux dont le travail dépend
directement de la terre, de l’eau et des
saisons. Dans nos territoires, le changement
climatique n’est pas une abstraction. Le
maraîcher voit ses légumes brûler avant la
récolte, l’horticulteur regarde mourir dans des
serres devenues invivables des mois de
travail, tandis que l’éleveur cherche de l’eau
pour ses bêtes et du fourrage pour l’hiver. Le
paysan voit le sol se durcir, les rendements
tomber et les charges augmenter, mais les
banques continuent de réclamer leur dû
comme si le ciel n’avait pas changé. Le petit
commerçant subit les rues désertées par la
chaleur, les factures d’électricité et les
chaînes du froid poussées à leur limite. Pour
eux, le dérèglement climatique n’est pas une
inquiétude théorique mais une récolte perdue

aujourd’hui, une facture à payer lundi, une
entreprise qui peut fermer demain.

Je vous demande donc que les communes
répondant aux critères obtiennent sans délai
la reconnaissance de l’état de catastrophe
naturelle pour les dommages qui en relèvent,
notamment les mouvements de terrain
consécutifs à la sécheresse et à la
réhydratation des sols. Pour toutes les pertes
que ce régime laisse sans réponse, un
mécanisme exceptionnel de solidarité
nationale doit être créé. Les dispositifs
agricoles doivent être déclenchés avant
l’effondrement définitif des exploitations et un
fonds spécifique doit soutenir les maraîchers,
horticulteurs, pépiniéristes, éleveurs, artisans
et petits commerçants abandonnés dans les
angles morts des assurances. Les
compagnies d’assurances, qui connaissent
parfaitement l’aggravation des risques
climatiques et augmentent déjà leurs tarifs en
conséquence, doivent elles aussi contribuer
davantage à la solidarité nationale.

Les profits peuvent être privés. La
catastrophe, elle, ne saurait être
éternellement publique.

Cette catastrophe est également devenue une
crise financière pour les collectivités. Le
Fonds vert, doté de 2,5 milliards d’euros
d’autorisations d’engagement en 2024, a vu
son enveloppe initiale ramenée à 837 millions
d’euros en 2026, avant même le surgel de
crédits supplémentaires. Vous avez amputé
l’un des principaux outils d’adaptation des
collectivités au moment même où les
incendies, la chaleur et la sécheresse
démontrent son caractère vital.

C’est une dette envoyée aux générations
suivantes.

Je vous demande donc un grand plan national
d’adaptation des communes rurales, inscrit
dans la loi et assorti d’engagements
budgétaires pluriannuels. Il devra financer la
rénovation thermique des écoles, des
crèches, des établissements de santé et des
bâtiments publics, la création de refuges
climatiques, la végétalisation des centres-

bourgs, la protection des captages et des
réseaux d’eau, le soutien aux exploitations
agricoles ainsi que le renforcement de la
Sécurité civile et des services
départementaux d’incendie et de secours. Ce
plan devra être accessible aux petites
communes sans qu’elles aient à employer un
cabinet privé pour comprendre comment
obtenir l’aide de l’État. Il devra enfin être
financé par celles et ceux qui ont le plus
contribué à la catastrophe et qui disposent
des moyens d’y répondre : les grandes
fortunes, les multinationales fossiles, les
secteurs les plus polluants et les acteurs
financiers qui ont prospéré en finançant
l’ancien monde.

La crise climatique n’est pas seulement
écologique : elle est sociale.

Les plus riches isolent leur maison, installent
une climatisation, remplissent une piscine ou
rejoignent une résidence secondaire. Les plus
pauvres habitent sous les toits, vivent dans
des logements mal isolés, travaillent dehors,
prennent des transports surchauffés et

comptent chaque litre d’eau comme chaque
kilowattheure.

Les uns achètent de la fraîcheur. Les autres
subissent la chaleur.

Nous ne sommes pas égaux devant la
catastrophe et nous ne portons pas la même
responsabilité dans ce qui nous arrive.
L’ouvrier qui parcourt vingt kilomètres pour
rejoindre son usine parce que la gare a fermé
ne porte pas la même responsabilité que le
milliardaire qui traverse le ciel en jet privé. La
retraitée qui peine à chauffer sa maison ne
porte pas la même responsabilité que
l’entreprise fossile qui a organisé le doute
climatique pendant des décennies.

Demander à tous les mêmes sacrifices dans
une société aussi inégale est une nouvelle
injustice.

Monsieur le Président, je ne vous écris pas
pour ajouter une indignation à la longue liste
des indignations françaises. Je vous écris
parce qu’un élu local a le devoir de dire ce
qu’il voit. Je vois des communes auxquelles

on demande chaque jour de tenir avec moins.
Je vois des habitants qui comprennent
parfaitement que quelque chose s’effondre et
auxquels votre gouvernement répond qu’ils
doivent apprendre à gérer leur anxiété. Le
peuple français n’est pas malade d’avoir peur.
Il a peur parce que le danger est réel. Son
inquiétude n’est pas une pathologie à traiter,
mais une lucidité à entendre.

La véritable maladie est politique : elle
consiste à continuer de gouverner comme si
la catastrophe pouvait attendre le prochain
quinquennat ou la prochaine conférence
internationale.

Nous ne vous demandons plus de nous
rassurer. Nous vous demandons d’agir. Nous
ne vous demandons plus de promettre que
l’écologie sera la priorité de demain. Nous
vous demandons de financer aujourd’hui les
services publics qui nous permettront de
traverser ce qui vient. Nous ne vous
demandons pas de nous apprendre à vivre
avec la peur. Nous vous demandons de
combattre ce qui la provoque.

Qui aurait pu prédire ?
Ne répondez plus que personne ne savait.
Nous savions. Vous saviez.
Désormais, l’Histoire jugera ce que vous
aurez fait.

Mansour Thiam
Conseiller municipal de Sancoins

dimanche 22 février 2026

Fin de vie.

 

Le vote solennel du projet de loi sur la fin de vie aura lieu ce mardi 24 Février 2026 à l’Assemblée nationale.
‼️ Je voterai CONTRE.
Voici le discours de clôture que j’avais prononcé lors du colloque sur la fin de vie organisé par Université populaire de Poissy en Octobre 2025. Ma positon n’a pas changé !
- - -
🕊️ Discours de clôture du colloque sur la fin de vie
(Université populaire de Poissy – Unipop)
Mesdames, Messieurs,
Chers amis,
Permettez-moi d’abord de remercier l’Université populaire de Poissy, sa présidente Madame Meyer, et l’ensemble des intervenants qui, pendant ces deux jours, ont permis à ce colloque d’exister et de faire vivre un débat aussi essentiel que délicat.
La fin de vie n’est pas un sujet comme un autre. C’est un sujet profondément intime, qui touche à la fois la conscience, la foi, la morale, l’amour, et l’humanité en chacun de nous.
Aucun d’entre nous ne peut aborder cette question sans y mêler une part de son histoire personnelle.
Je n’y échappe pas.
Depuis 2015, je me considère comme amputé à vie. Cette année-là, j’ai perdu ma petite maman, après une longue maladie. J’ai vu la souffrance, la détresse parfois, mais aussi l’amour infini qui peut entourer les derniers instants d’une vie. Nous avions fait le choix, en famille, d’accompagner, d’être là, de tenir la main jusqu’au dernier souffle.
L’année suivante, en 2016, j’ai perdu un de mes frères, puis en 2017 mon père, victime d’une leucémie aiguë. Et je peux dire ici, devant vous, que les soins palliatifs qui l’ont accompagné ont été un véritable cocon d’humanité, de douceur et de respect.
En 2018 enfin, c’est mon beau-frère, 49 ans, qui s’en est allé, entouré, lui aussi, des siens.
Ces expériences forgent une conviction, mais aussi une responsabilité.
J’ai voté contre le projet de loi sur la fin de vie, non par dogmatisme, mais par fidélité à une certaine idée de la dignité humaine.
Je crois profondément que notre devoir collectif est de développer les soins palliatifs partout en France, pour qu’aucun malade, aucune famille, ne se sente abandonné.
Parce que souvent, ce que recherchent les personnes en fin de vie, ce n’est pas de mourir plus vite — c’est d’être entendues, entourées, comprises, qu’on prenne soin d’elles, non seulement avec des traitements, mais avec de la chaleur, de la présence, de la tendresse.
C’est tout cela, la dignité.
Mais je sais aussi que d’autres, ici ou ailleurs, ont des convictions différentes, parfois opposées. Et je les respecte infiniment.
Car ce débat ne doit pas opposer, il doit rassembler autour de la même exigence d’humanité.
Le rôle d’un député, c’est justement cela :
— écouter,
— comprendre,
— se nourrir des témoignages, des experts, des familles, des religieux, des associations,
— et, à la fin, décider en conscience, non pour soi, mais pour l’intérêt général.
Ce colloque y a contribué. Il a permis d’éclairer, de confronter les points de vue, d’ouvrir les champs du possible et, parfois, de nommer les impossibles.
Et c’est en cela qu’il est précieux.
Alors merci à tous les participants, à tous les témoins de vie, aux soignants, aux accompagnants, aux bénévoles, aux familles, qui, dans l’ombre, font œuvre d’amour et de dignité.
Je vous le dis du fond du cœur : tant qu’il y aura de l’humanité dans nos accompagnements, il n’y aura jamais d’indignité dans nos fins de vie.
Merci à tous. 🕊️
Karl OLIVE