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jeudi 26 mars 2015
« La VIE ET LA MORT »

extrait du livre « Le régime des passions »

De Clément Rosset.




La réalité se dépasse-t-elle tant elle s’aveugle à coup de clichés et de « ce qui est bien connu » ? Le philosophe Hegel écrit « ce qui est bien connu, précisément parce qu’il est bien connu est mal connu. C’est la manière la plus courante de se faire illusion et de faire illusion aux autres que de présupposer que quelque chose est bien connu et de s’en contenter ». Finalement, s’attacher à ce qui est bien connu donnerait une importance un peu trop aisée à la réalité d’un fait, d’une vision et d’en négliger ses dessous. C’est le cas pour L’interprétation des mythes.



Clément Rosset reprend le mythe du pacte avec le diable dans « la vie et la mort », pour lequel celui-ci promet jouissance, opulence et puissance à l’homme, s’il lui concède son statut d’homme laissé en héritage par Dieu aux vivants bienfaisants qui font vœux d’éternel repos au Paradis, quand ils se sont biens conduits.

Là où échoue la morale – pense-t-il- le psychanalyste ne peut ramener l’homme dans le droit chemin qu’à travers la gestion difficile de sacrifices et de frustrations qui lui interdisent les festins du plaisir. Il vaut mieux s’abandonner au diable que de compter sur un Psychanalyste, au moins le diable nous vend un festin, même si la facture est difficile à digérer. On sent l’auteur du chapitre prodigué au condamné, de profiter grandement de la chance de retrouver la prospérité, tout en décrivant le sens du châtiment qui sera à la hauteur de la jouissance espérée par les vœux.



Les damnés se préparent à une lente descente aux enfers, sans rédemption. Les signataires sont bien les seuls à assumer la maléfique ratification où la surenchère infernale des plaisirs précipite vers une fin rapide et lapidaire. Pourtant, l’auteur met dos à dos bien contre mal, bon contre mauvais, pour les concentrer sur « un caractère universel » : le mythe renforce l’idée de responsabilité face au contrat signé et celle du signataire à assumer les conséquences de son choix de vivre ou de ne pas vivre : « vivre en acceptant notre prochaine déchéance, ou de refuser ce sort funeste par la prévention que permet le suicide » ; en définitive, ou je signe le pacte, je jouis, je profite en toute quiétude voir même en toute impunité, mais le sort me guette, la souffrance également sans rémission ; ou je ne signe pas, alors la seule issue pour ne pas tomber dans la décrépitude est l’acte désespéré du suicide.

Cela explique en partie, le refus du vieillissement ou la déchéance du corps sans pour autant prétendre qu’il s’agit d’un acte reniant la responsabilité qui incombe à la vie. Nous sommes tous attendu au tournant en signant un pacte de vie. Notre refus d’en découdre avec la fin tient d’une prise de conscience, que nous ne pourrons plus jamais profiter des festins de la vie quand viendra l’heure de la mort. Dieu et le Diable n’interfèrent en rien, en tant que mythe moral ; ce qui nous gène en réalité, c’est la concession faite de nos plaisirs qui provoque une fin plus ou moins rapide.



Clément Rosset le confirme en signalant que l’enjeu du mythe « n’est pas la puissance contre l’abandon du diable, mais plutôt ce que j’appellerais plus prosaïquement une prime de vie contre une assurance de mort ». Il existe deux contractants « Le premier s’engage à vivre tout en acceptant de mourir. Le second s’engage à laisser vivre, mais seulement pendant le temps qu’il lui plaira ». D’un côté je signe et j’essaie de vivre en m’adaptant aux vicissitudes de la vie mais je ne récuse pas, un jour, la fin que j’espère la plus lointaine possible. De l’autre, je profite sans compter, sans scrupule mais le sort peut avoir raison de moi au gré du hasard du calendrier. Je l’accepte comme tel. On le voit, le diable, la liturgie chrétienne ou de quelconques faits appartenant au pragmatisme n’ont rien à voir avec des choix de vie définis volontairement. Les mythes et les clichés s’écroulent.Yves Toussaint.



Un livre à lire «la vie et la mort » du « Régime des Passions » de Clément Rosset, éditions de Minuit.