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dimanche 25 janvier 2015




« Le Souper »

Pièce de Jean-Claude Brisville

Édition BABEL

 Yvan Lambert,Talleyrand et Pierre Hentz, Fouché,
dans l’interprétation de la Compagnie de l'Aurore.
Cliché, CAP Compagnies.


Le 18 juin 1815, Louis XVIII, exilé à Gand en Belgique, tente de restaurer la souveraineté de la monarchie des Bourbon. Le 8 juillet un gouvernement est constitué, dominé par Talleyrand qui, très contesté par les « Ultra-Royalistes » d’un bord et les « Jacobins » de l’autre, cherche l’appui du puissant et féroce Fouché, ministre de la Police sous le Premier Empire et Président de l’actuel gouvernement provisoire. Dans la soirée du 6 juillet, presque sous le regard insurrectionnel des Parisiens soumis à la férule des vainqueurs de Waterloo, Talleyrand invite son meilleur ennemi, Fouché, à souper. Ils ont deux heures pour donner un régime à la France.

L’auteur de la pièce décrit une ambiance pesante et équivoque.Jean-Claude Brisville installe une conversation éloquente et subtile nourrie chaque minute de raisons et de contradictions entre les deux protagonistes. Talleyrand et Fouché, indispensables au retour de la stabilité nationale, sont en proie à une forte concurrence entre deux régimes possibles pour la France. Talleyrand prône le retour de la Monarchie et de Louis XVIII, Fouché envisage une république. Un souper de qualité oblige le premier à faire preuve de mansuétude à l’égard de son invité. L’invitation validée oblige le second à prêter une oreille attentive aux arguments de son hôte. Les intentions sont bonnes mais la suspicion reste ostensible. Une dispute d’arguments s’engage, met en scène la lutte pour le pouvoir. Ils se détestent et se condamnent mutuellement autant de crimes, manœuvres, délations, positions machiavéliques qui ont fait les évènements historiques de leur temps.

L’écriture de la pièce est une faconde, courte et efficace où chacun musarde sur l’autre. Dans le vif, chacun tombe d’accord : pour ne pas disparaitre du pouvoir, ils doivent s’entendre. Pour Fouché, rien ne vaut une République, un Directoire, un peuple et une bonne police pour le contrôler, voir le formater.

Talleyrand en rit ; avec la République, la Terreur reviendra ainsi que son cortège de vengeances sur les immigrés royalistes de retour et les « ultras » qui n’attendent qu’une étincelle pour régler leur compte avec les « Jacobins ». Non ! Seul Louis XVIII peut conduire un régime de restauration d’une monarchie modernisée par les valeurs de la Révolution. La négociation politique tourne aux faits d’armes. Talleyrand et Fouché se jettent au visage les différents crimes et délits les plus odieux proférés au cours de l’Empire, tout en garantissant à l’autre son soutien et sa discrétion sauf s’il ne le suit pas dans sa conception du prochain régime.

Ils proposent d’être, chacun dans son ministère, celui qui tour à tour tire les ficelles de la destinée de la France. Les intrigues échauffent les intrigants sans transiger sur la forme du régime avec ou sans Louis XVIII.

La monarchie ou la république ne sont plus alors au cœur de l’enjeu. Seuls deux hommes d’État, au CV exceptionnel dans l’art de la domination, qui souhaitent finir leur vie dans l’ombre de leur souverain et cultiver la pratique du réseau et du négoce dans l’exercice du pouvoir absolu. Talleyrand est le plus fin, Fouché aura son ministère, la police et la société qu’il souhaite. Finalement, « l’évêque apostat » Talleyrand dominera le « féal régicide » Fouché fort de sa puissance possédera « Le Diable Boiteux ». Ils feront allégeances ensembles à la Restauration et au roi Louis XVIII.

Une pièce de théâtre à lire «Le Souper» de Jean-Claude Brisville, recommandé par l’Echolatain.

Yves Toussaint